Pourquoi La Bicaudale ?

La sirène nous relie fondamentalement au féminin.
Par l'élément aquatique, les eaux fécondes de la maternité renvoient à une sorte de nostalgie foetale... Par sa sensualité fatale, son aspect monstrueux à la fois sexué et asexué, la sirène cristallise le tabou ancestral rattaché au genre féminin.

Tout comme mes questionnements sur "la notion de féminité - s'il en est une", la sirène habite mes rêveries depuis l'adolescence avec une persistance appliquée.
Aussi a-t-elle resurgi spontanément pour symboliser ce nouveau projet personnel...

Ma sirène flotte, glisse, virevolte, se meut si librement qu’on ne sait si elle nage ou vole. Son corps danse et ondule dans un milieu où les lois de la pesanteur sont autres : celui des disciplines aériennes.

Ma sirène est bicaudale. Ses deux appendices témoignent d’un partage entre deux mondes, deux appuis pour se mouvoir, avancer, deux outils de langage que sont pour moi le travail du corps et celui de l’image.
L’un insuffle sa force à l’autre, qui vibre comme le prolongement du premier.
Le geste, le mouvement habité, la façon d’impressionner l’espace et le temps par une trace sensible…
Une même énergie les nourrit.
Le corps dansé diffuse sa couleur, le corps suspendu chante l’espace, la poésie esquisse la profondeur comme le pinceau caresse la page.
L’émotion naît d’un frottement.
D’une vibration qui entre en résonance avec nos sens et notre âme.

La figure de la bicaudale incarne ma nécessité d’une globalité artistique :
deux dynamiques issues d’une même source, d’un même mouvement interne, s’entrecroisent pour tisser un seul langage riche de sensations, une unité métissée, peut-être déroutante mais séduisante...